une caractéristique exceptionnelle

Le tardigrade, cet animal invertébré possède une caractéristique exceptionnelle : il est capable d’entrer dans un état de non-vie pendant plusieurs années. Il peut ensuite redevenir actif en quelques minutes. Par ailleurs, le tardigrade affiche une incroyable résistance aux radiations, aux produits toxiques, à la déshydratation et aux températures extrêmes (entre 150° et -272°). Respect.

Une nouvelle étude menée par des chercheurs canadiens révèle le secret des tardigrades. De minuscules invertébrés souvent considérés comme l'animal le plus indestructible de la planète. La clé de leurs super-pouvoirs pourrait même un jour aider à protéger les humains. Mi-chenille, mi-rat taupe nu, le tardigrade ne paie pas de mine. Pourtant, cette créature également appelée "ourson d'eau" est une véritable merveille de la nature. Elle affiche en effet une résistance assez incroyable. Rayons X, températures extrêmes, vide de l'espace et même déshydratation totale, cette créature survit à tout. A tel point que certains la considèrent comme quasi indestructible. 

Pour en arriver là, cet invertébré aquatique mesurant moins de 1,5 mm de long, a mis au point de remarquables facultés de défense. Notamment celle de réparer son propre ADN lorsqu'il est endommagé. Aujourd'hui, des chercheurs japonais pensent avoir compris l'origine d'une telle prouesse. En séquençant l'ADN du tardigrade, ils ont découvert l'existence d'une protéine très particulière. D'après Takuma Hashimoto et ses collègues de l'Université de Kyoto, cette protéine serait spécifique au tardigrade et protègerait son ADN des dommages liés aux radiations. C'est pourquoi les scientifiques l'ont baptisée "Dsup" pour "damage suppressor". 

Dans une étude publiée dans la revue Astrobiology, des chercheurs canadiens se sont rendus compte que ce petit invertébré pouvait même encaisser une accélération incroyable de 16.000 G, rapporte Airspacemag. Soit 16.000 fois la gravité terrestre. A titre de comparaison, un homme ne peut résister à plus de quelques dizaines de G pendant quelques instants. Les astronautes, lors du décollage d'une fusée, sont soumis à 3G d'accélération environ.

Interrogé par Le HuffPost, l'auteur principal Jonathon Stone précise avoir utilisé 120 tardigrades pour l'expérience. Ceux-ci étaient répartis dans 6 groupes. L'un n'était soumis à aucune accélération. Les cinq autres à des accélérations allant de 3400 G à 16.000 G, grâce à une centrifugeuse, pendant environ une minute.

Les chercheurs ont été surpris de voir que plus de 80% des tardigrades ont survécu à ce traitement, quel que soit le groupe. Pour autant, les chercheurs ont remarqué que plus ces petites bestioles étaient exposées à des accélérations importantes, moins elles vivaient longtemps. De même, la production d'oeufs déclinait également avec l'accélération.

Le tardigrade est ainsi "le premier organisme multicellulaire à avoir survécu à de telles forces", précisent les auteurs. Jusqu'alors, seules des bactéries et des champignons unicellulaires avaient réussi à ce genre d'accélération.

Des recherches liées à l'origine de la vie sur Terre

Quel est l'intérêt de cette étude? En dehors de nous apprendre que le tardigrade est définitivement très surprenant, cela pourrait avoir un impact sur notre compréhension de l'émergence de la vie sur Terre. Les chercheurs s'interrogent notamment sur une théorie appelée "lithopanspermie". Selon cette hypothèse, la vie n'est pas apparue sur Terre, mais est arrivée sur le dos de comètes ou de météorites.

Le rapport avec le tardigrade? Pour que ce genre de théorie soit possible "les organismes doivent survivre à l'éjection depuis une planète, résister aux conditions de vie d'un voyage spatial et réussir à entrer dans l'atmosphère d'une autre planète", précisent les auteurs.

Et justement, on sait déjà que le tardigrade peut survivre à une sécheresse extrême, à des températures très froides, ou encore à des radiations spatiales importantes. Mais pour qu'un morceau de roche soit éjecté d'une planète suite à une collision avec un autre corps céleste, un organisme devrait être capable d'encaisser une accélération incroyablement forte.

Attention, cela ne veut pas dire que les tardigrades sont extraterrestres, loin de là. Une éjection classique impose une accélération encore plus importante, de l'ordre de 100.000 G. De plus, comme le précise Airspacemag, ces créatures ont notamment besoin de mousse et de lichen pour vivre en bonne santé.

En conclusion de leur étude, les auteurs suggèrent que "certains organismes pourraient survivre aux paramètres associés à la lithopanspermie", mais ne ciblent pas le tardigrade en particulier. D'autant que leur survie à long terme après une accélération de 16.000 G semble compliquée.

Les chercheurs souhaitent donc que de futures expériences soient réalisées pour tester la résistance des tardigrades à des accélérations encore plus grandes. Le petit ourson d'eau n'a pas fini de nous surprendre.

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