C'est pour éviter la transmission d'une maladie héréditaire maternelle.

Le pays vote OUI... Le Royaume-Uni est devenu jeudi le premierpays à autoriser la conception de bébés à partir de l'ADN de trois « parents »,une technique à visée thérapeutique qui reste controversée, notamment pour desraisons éthiques.


L'approbation du comité d'éthique britannique était l'ultime condition avantl'utilisation en clinique de cette technique consistant à combiner les ADN dedeux femmes et d'un homme pour éviter la transmission d'une maladie héréditairematernelle.

« Nous avons pris une décision historique et mûrement réfléchie. Les famillesconcernées ont enfin une chance d'avoir un enfant en bonne santé », a déclaré àl'AFP Sally Cheshire, la présidente de l'Autorité de régulation de l'assistancemédicale à la procréation et à la recherche en embryologie (HFEA)

« C'est un feu vert prudent », a-t-elle toutefois ajouté, alors que cettetechnique de fécondation in vitro avec « remplacement mitochondrial » continueà diviser.

Ses défenseurs estiment qu'elle permettra aux couples concernés, dont le nombreest estimé à 3.000 au Royaume-Uni, de donner naissance à des enfants enmeilleure santé. Pour ses opposants, la technique n'est pas encore suffisammentmûre et va trop loin en matière de modification génétique en ouvrant la boîtede Pandore de la sélection des bébés.


« Il faut avancer »

« Je ne pense pas qu'on s'engage sur une pente glissante. Nous nous sommesappuyés sur un panel d'experts internationaux qui ont estimé la techniquesuffisamment sûre et efficace. Le processus a duré cinq ans. Il y a eu un granddébat public. Quatre rapports ont été publiés. Le Parlement a débattu de laquestion et a approuvé la technique à une majorité de trois contre un », asouligné Sally Cheshire.

Les députés britanniques ont approuvé le procédé dès février 2015. En novembre,un comité indépendant d'experts a recommandé une « adoption prudente ».

« Notre conclusion est qu'il faut avancer », a rappelé le président de cecomité d'experts, le docteur Andrew Greenfield, devant la commission de l'HFEA.

Désormais validée, la technique devrait être utilisée dans un premier temps surenviron 25 couples et un premier bébé pourrait naître dès fin 2017.

« Les années suivantes, 200 couples pourraient être concernés tous les ans.Ceux venus de l'étranger sont les bienvenus », a souligné Sally Cheshire.

« Maintenant, nous avons besoin de donneurs d'ovules », a commenté leprofesseur Mary Herbert, de l'université de Newcastle, qui a développé latechnique expérimentale.

Environ 125 bébés naissent chaque année en Grande-Bretagne avec undysfonctionnement mitochondrial. Les mitochondries sont des petites structuresà l'intérieur des cellules qui jouent un rôle de « centrale énergétique » entransformant le sucre et l'oxygène en énergie.

« Un long chemin »

Tandis que l'ADN nucléaire est transmis par les deux parents, l'ADNmitochondrial (ADNmt) n'est hérité que de la mère. Certaines femmes présententdes mutations génétiques de cet ADNmt qui, si elles sont transmises à leursenfants, peuvent provoquer diverses maladies parfois incurables, comme lesyndrome de Leigh.

La fécondation in vitro avec « remplacement mitochondrial » peut alorsapparaître comme une solution. Leur ADN nucléaire est extrait de leurs ovuleset introduit, avec le sperme du père, dans l'ovule sans noyau de la donneusequi a un ADNmt sain.

Le futur enfant sera porteur de toutes les caractéristiques génétiques de sonpère et de sa mère puisque l'ADNmt représente moins de 1 % de la quantitétotale d'ADN contenue dans une cellule humaine. Mais le changement serapermanent et se transmettra de génération en génération, un élément au coeurdes crispations.

Le premier bébé conçu grâce à cette nouvelle technique est né en avril auMexique. Une équipe médicale internationale menée par le Dr John Zhang, duCentre New Hope Fertility à New York, avait choisi ce pays, où il n'existeaucune règle sur la question, puisque le traitement n'est pas autorisé auxÉtats-Unis.

« C'est un cas encourageant, mais ce n'est qu'un seul cas donc il ne faut pass'emballer », a souligné jeudi le docteur Andrew Greenfield.

Lors des expériences en laboratoire, il est arrivé que l'ADNmt porteur desmutations refasse surface et vienne compromettre l'efficacité du traitement.

« On n'est qu'au début d'un long chemin », a admis Sally Cheshire.

 

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